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Ronde de nuit en DVD, l'interview de Sarah Waters
Après ses trois romans victoriens : Caresser le velours, Du bout des doigts et Affinités, Optimale sort l’adaptation en dvd du quatrième roman de Sarah Waters, Ronde de nuit réalisée par Richard Laxton.
Le film, qui sera projeté au cinéma Vendôme à l’occasion du festival de films gay et lesbiens de Bruxelles le 11 février prochain, nous entraîne à Londres dans les années quarante, pendant et après la seconde guerre mondiale, et suit quatre jeunes londoniens aux destins entremêlés : Viv Pearce dirige une agence matrimoniale secondée par Helen qui vit avec sa maîtresse plus âgée, Julia Standing. Le frère de Viv, Duncan, un homosexuel tourmenté, a fait de la prison et est poursuivi par son ancien compagnon de cellule. Au détour d’une rue, Viv rencontre Kay Langrish, une lesbienne butch désormais recluse, qui fut une ambulancière héroïque durant le Blitz. Les deux jeunes femmes se remémorent alors ce qui leur est arrivé dans le Londres bombardé par l’aviation allemande, tandis que les barrières de la moralité sexuelle et des conventions sociales s’effondraient. Durant la guerre, Kay, Helen, Viv et Duncan ont vécu une liberté encore inédite. Mais tout a un prix…
Une nouvelle oeuvre adaptée avec brio par la BBC et l’occasion pour les lectrices de La Dixième Muse de (re) découvrir l’interview que l’auteure britannique nous avait accordée à la sortie de son roman.
Sarah, après le succès de vos romans victoriens, comment vous est venue l’idée de situer l’action de Ronde de Nuit pendant la seconde guerre mondiale ? J’ai adoré situer l’action de mes livres à l’époque victorienne, mais j’ai senti qu’il était temps de changer. Je ne voulais pas remonter plus loin dans le temps et je ne voulais pas non plus m’inscrire dans le présent ; alors j’ai su que l’action du livre se situerait au XXè siècle. Diverses choses m’ont orientée vers les années quarante : le charme particulier de cette période et le fait que cette époque a été très intéressante pour les femmes ; l’impact extraordinaire de la guerre sur la vie londonienne ainsi que les conditions de vie difficiles et austères au lendemain de la guerre en Angleterre. Ce dernier aspect convenait très bien à l’histoire que je voulais raconter, l’histoire de personnes un peu plus âgées ayant fait l’expérience de la perte et de la déception.
Pourquoi avez-vous choisi de raconter l’histoire avec une chronologie inversée ? Je ne l’ai pas décidé tout de suite ; au début l’histoire ne se déroulait qu’en 1947. Mais je me suis aperçue que mes personnages étaient tellement fatigués et enlisés que je n’ai plus su quoi faire avec eux. Et puis je me suis rendu compte que j’étais beaucoup plus intéressée par leur passé que par leur avenir. J’ai réalisé que, comme Londres, ils venaient tous de traverser des événements exceptionnels et qu’ils avaient du mal à se remettre en route. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’écrire le livre à rebours. Pour moi, ça ressemble à la vie. Lorsque vous rencontrez quelqu’un pour la première fois, apprendre à connaître cette personne c’est découvrir ce qui lui est arrivé, ce qui a fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. Je voulais que le roman embarque ses lecteurs dans cette sorte de voyage, un voyage dans un passé qui éclaire le présent.
Avez-vous exploré vos propres émotions à travers ce quatrième roman ? Et bien, j’étais certainement très impliquée émotionnellement - davantage, je pense, que dans aucun de mes autres romans. Je suis vraiment tombée amoureuse de mes personnages - en particulier de Kay, que j’aime tout simplement. Je pense que mes romans victoriens étaient tous dans une certaine mesure des pastiches, ce qui rendait les émotions plus fortes que dans la vie. Mais Ronde de nuit est plus réaliste, et plus mélancolique. C’était dur de ne pas en être affectée. J’étais vraiment peinée de quitter les personnages. Mais je n’ai pas vraiment cherché à « explorer » ma propre sensibilité à travers ce livre, c’est juste que votre propre sensibilité est inévitablement touchée.
À l’époque de Caresser le velours, est-ce que cela a été difficile d’être une auteure lesbienne qui écrivait une histoire saphique ? Non, ça s’est fait très naturellement. À ce moment-là, je n’avais pas de grandes ambitions littéraires : j’avais cette idée de roman historique lesbien et je voulais juste voir si je pouvais l’écrire. Je n’avais ni agent ni éditeur, je l’ai écrit, vraiment, pour moi. J’espérais que d’autres lectrices lesbiennes l’apprécieraient, mais je n’imaginais pas qu’il trouverait un public plus large, ou qu’il aurait de telles répercussions. Le fait que Caresser le velours soit autant lesbien ne m’a pas posé de problème - et il s’est avéré que cela n’en a posé à personne.
C’était un challenge pour vous de parler de la sexualité des lesbiennes ? Non, j’ai toujours aimé écrire sur le sexe ! C’est un grand challenge parce que nous voyons sans cesse le sexe représenté, dans les livres, dans les films, mais principalement sous forme de clichés : le challenge consiste à écrire sur le sexe avec vraisemblance et originalité. Avec Caresser le velours, en particulier, j’étais décidée à écrire quelque chose qui célèbrerait et ferait goûter le sexe lesbien. Je me suis beaucoup amusée - c’est même la fois où je me suis le plus amusée en écrivant.
Vous êtes l’une des écrivaines les plus célèbres au monde, comment gérez-vous l’engouement de vos fans ? Oh, les écrivains ne deviennent jamais célèbres au point que leurs fans soient un problème ; ce n’est pas comme être un acteur ou un chanteur, et que les gens vous reconnaissent dans la rue. Parfois on me reconnaît - mais ce sont surtout des lesbiennes. Mais si des personnes viennent vers moi et me disent bonjour, j’aime ça, c’est très flatteur. Je suis toujours très touchée et enthousiasmée de voir que les gens semblent prendre autant de plaisir à lire mes livres que moi à les écrire. C’est une chose merveilleuse.
Ronde de nuit en dvd (Optimale).
Disponible sur la boutique des Muses
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